Le 16 décembre 1947, aux laboratoires Bell, dans le New Jersey, John Bardeen et Walter Brattain posent deux contacts d’or, très rapprochés, sur un petit bloc de germanium très pur. Une tension appliquée sur l’un des contacts commande le courant qui traverse l’autre : le signal ressort amplifié. Une semaine plus tard, ils en font la démonstration devant la direction du laboratoire. C’est le premier transistor. Aujourd’hui, des milliards de ses descendants, taillés dans du silicium extrait du sable, affichent vos photos, calculent vos trajets et jouent votre musique sans rien comprendre à ce qu’ils manipulent. Comment une matière aussi banale en vient-elle à calculer ? En suivant le passage d’un petit effet électrique à une règle logique, puis à une machine.
LE DÉCLIC EN IMAGE
Du courant commandé au calcul
Un transistor commande un passage de courant. Des ensembles de transistors réalisent des règles que l’on peut combiner.
Une tension de commande agit sur le transistor.
Des transistors reliés réalisent une petite règle logique.
De nombreuses règles assemblées forment des circuits de calcul et de mémoire.
LES BASESLes bases, si vous découvrez le sujet
- Transistor
- Un composant qui commande un courant ou un signal électrique.
- Bit
- Une information qui peut prendre deux valeurs, habituellement appelées 0 et 1.
- Puce
- Un petit composant qui rassemble de nombreux circuits électroniques.
Au fil de cette lecture
Commander un courant avec un signal
Un transistor est un minuscule composant dans lequel un signal appliqué à une de ses parties facilite ou bloque le passage du courant ailleurs dans le composant. Rien ne bascule mécaniquement : c’est un effet électrique, qui peut servir à amplifier un son comme à représenter un oui ou un non. Cette capacité à commander un passage est la brique du calcul numérique.
Avant lui, on faisait la même chose avec des tubes à vide, des ampoules de verre chaudes et fragiles. L’ENIAC, achevé en 1945, en comptait près de 18 000 ; l’un d’eux lâchait environ tous les un ou deux jours, et il fallait alors le retrouver parmi tous les autres. Le transistor, petit, froid et fiable, a ouvert la voie à la miniaturisation. Le silicium s’est imposé parce que ses propriétés électriques se règlent finement et qu’on sait y graver, avec une précision extrême, des structures répétées des milliards de fois puis reliées entre elles.
Donner un sens à deux niveaux
Un bit est une information qui prend deux valeurs, notées 0 et 1. Dans un circuit, ces valeurs correspondent à des plages de tension : en dessous d’un certain seuil, le circuit lit 0 ; au-dessus d’un autre, il lit 1. Entre les deux, une marge de sécurité permet de distinguer les valeurs malgré les petites perturbations. La physique reste continue ; c’est la conception du circuit qui en tire une réponse logique stable, à condition de rester dans les conditions prévues.
Assembler une règle simple
Une porte logique combine des entrées pour produire une sortie. Une porte NON inverse la valeur : 0 devient 1 et 1 devient 0. Une porte ET produit 1 lorsque ses deux entrées valent 1. En assemblant ces portes, on construit des opérations plus complexes : un circuit capable d’additionner deux bits demande moins de trente transistors. Le calcul naît de l’organisation des composants et de la convention qui attribue un sens à leurs états.
Ces règles ne s’arrêtent pas aux nombres. Une image se décrit par des nombres qui indiquent la couleur de chacun de ses points, un son par une suite de mesures, un texte par un code attribué à chaque lettre. Le même mécanisme traite alors des photos, de la musique ou des messages, grâce à la façon dont l’information a été codée.
Conserver et enchaîner l’information
Certains assemblages gardent un état aussi longtemps qu’ils sont alimentés : ils forment des mémoires et des registres. Une horloge rythme le circuit et les transistors changent d’état de l’ordre d’un milliard de fois par seconde. À chaque battement, des résultats sont préparés puis enregistrés pour l’étape suivante, et le programme décide des opérations à effectuer.
En 1969, chez Intel, Ted Hoff et Stanley Mazor imaginent pour une calculatrice japonaise un processeur complet sur une seule puce. En 1971, l’Italien Federico Faggin, aidé de Masatoshi Shima, parvient à en loger les 2 300 transistors dans un petit boîtier : c’est le 4004. En 2023, la puce M3 Max d’Apple en annonce 92 milliards, soit environ 40 millions de fois plus. Aucun de ces transistors ne sait ce qu’est une photo : cette fonction émerge d’un empilement de niveaux, de l’électronique jusqu’aux logiciels.
Pourquoi le téléphone chauffe
Chaque changement d’état demande un peu d’énergie, dont une partie se dissipe en chaleur. Multipliée par des milliards de transistors et des milliards de basculements par seconde, cette petite dépense devient la chaleur que l’on sent à travers la coque. Les transistors réels laissent aussi passer des courants de fuite et ne basculent pas instantanément. Augmenter la cadence ou le nombre de composants se heurte donc à l’alimentation, au refroidissement et aux connexions.
C’est pourquoi le nombre de transistors renseigne mal, à lui seul, sur la vitesse d’une puce. Leur organisation, la mémoire disponible, les échanges internes et la chaleur à évacuer comptent autant. Un circuit peut passer une partie de son temps à attendre ses données. La miniaturisation reste une histoire de compromis physiques, partie d’un bloc de germanium et de deux pointes d’or.
Ce qu’on garde en tête.
- Un transistor laisse un signal en commander un autre ; le premier, en 1947, tenait sur un petit bloc de germanium.
- 0 et 1 sont des plages de tension que le circuit est conçu pour distinguer malgré le bruit.
- De 2 300 transistors en 1971 à 92 milliards en 2023, la puissance vient de l’organisation et se paie en chaleur.
Ce que l’on sait. Ce qui reste ouvert.
L’interrupteur est une analogie utile, mais un transistor réel présente des délais, des fuites et d’autres contraintes. Le schéma ne représente ni une puce à l’échelle ni une recette de fabrication.
UN PETIT DÉCLIC POUR LA ROUTE
Dans une puce, que représente un 1 ?
Remonter à la source.
- 1947 : invention du transistor à pointesComputer History Museum · The Silicon Engine, en anglais↗
- 1971 : le microprocesseur réunit une unité de calcul sur une seule puceComputer History Museum · The Silicon Engine, en anglais↗
- Chip Hall of Fame : le microprocesseur Intel 4004IEEE Spectrum · Article d’histoire des techniques, en anglais↗
- ENIAC et ses 18 000 tubes à videComputer History Museum · Exposition en ligne Revolution, en anglais↗
- Apple dévoile les puces M3, M3 Pro et M3 MaxApple · Communiqué du fabricant, octobre 2023, en anglais↗
- Le transistor expliquéIntel · Article de vulgarisation du fabricant, en anglais↗
- Qu’est-ce qu’un semi-conducteur ? (PDF)Intel · Fiche du fabricant, en anglais↗
- Circuits numériques CMOS : délais et puissance (PDF)MIT OpenCourseWare · Cours universitaire en anglais↗
Sources consultées le 9 octobre 2026. Rédaction assistée par IA, sans relecture indépendante d’expert à ce stade.
Signaler une erreur ou proposer une précision