Vous cherchez une salle de classe dans une gare, puis vous retrouvez un ami devenu minuscule. Sur le moment, rien ne vous étonne. Au réveil, l’histoire paraît absurde et s’efface déjà. Ces scènes se jouent chaque nuit sans autre spectateur que nous. Leur étude scientifique a pourtant commencé par un détail visible de l’extérieur : en 1953, les chercheurs Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman remarquent, chez des enfants qui font la sieste, des mouvements rapides des yeux sous les paupières closes. Ce petit signe allait ouvrir une enquête toujours en cours.
LE DÉCLIC EN IMAGE
Un rêve, deux façons de l’étudier
On rapproche un récit au réveil d’un enregistrement réalisé pendant le sommeil.
Des capteurs enregistrent des signaux pendant le sommeil.
Au réveil, la personne raconte ce dont elle se souvient.
Les chercheurs comparent ces deux informations.
LES BASESTrois repères pour entrer dans la nuit
- Sommeil paradoxal
- Une phase du sommeil où le cerveau est très actif, les yeux bougent rapidement et la plupart des muscles sont relâchés. Les rêves y sont souvent vifs.
- Sommeil lent
- Les phases de sommeil autres que le sommeil paradoxal, du sommeil léger au sommeil profond. On peut aussi y rêver.
- Électroencéphalogramme
- Un enregistrement de signaux électriques du cerveau, réalisé à l’aide de capteurs posés sur la tête. Il mesure une activité, pas des images.
Au fil de cette lecture
Une nuit se découpe en cycles
Une nuit de sommeil enchaîne trois à six cycles, qui durent chacun de soixante à cent vingt minutes selon l’Inserm. Chaque cycle passe par du sommeil lent, léger puis profond, et se termine par une période de sommeil paradoxal. Leur composition évolue au fil des heures : le sommeil profond domine en début de nuit, le sommeil paradoxal s’allonge vers le matin. Au total, ce dernier occupe environ un cinquième à un quart du temps passé à dormir.
Ce découpage vient de mesures prises en laboratoire : l’activité électrique du cerveau, recueillie par des électrodes posées sur le crâne, les mouvements des yeux et la tension des muscles. Chaque phase possède sa signature. Le sommeil profond se reconnaît à de grandes ondes lentes ; le sommeil paradoxal, à une activité rapide qui ressemble à celle de l’éveil.
Le paradoxe de Michel Jouvet
En 1959, le neurophysiologiste français Michel Jouvet enregistre le sommeil du chat. Il observe des épisodes de quelques minutes pendant lesquels les muscles de l’animal se relâchent complètement, puis montre que, pendant ces mêmes épisodes, son cortex s’active comme à l’éveil et ses yeux bougent rapidement. Un corps inerte, un cerveau en effervescence : Jouvet baptise cet état « sommeil paradoxal ». Les chercheurs anglophones parlent de sommeil REM, pour rapid eye movement.
Son équipe montre ensuite que cette paralysie est commandée par un petit groupe de neurones du tronc cérébral. Lorsque cette zone est lésée, les chats en sommeil paradoxal se redressent, guettent une proie invisible, font le gros dos ou jouent avec une souris imaginaire, pendant cinq à six minutes. Jouvet y voit des comportements de rêve. L’interprétation reste une hypothèse : personne ne peut demander à un chat ce qu’il vivait.
On rêve aussi en sommeil lent
Dans les années qui suivent, les volontaires réveillés en sommeil paradoxal racontent souvent des rêves vifs, parfois longs. Le rêve semble avoir trouvé son domicile. Mais les réveils pratiqués en sommeil lent livrent eux aussi des récits, jusqu’à sept fois sur dix selon les études. Ce sont souvent des pensées ou des images plus brèves, parfois de véritables scènes. Le rêve déborde donc largement la phase qui lui est associée.
Encore faut-il distinguer ce que l’on vit de ce que l’on retient. Un récit peut disparaître en quelques secondes après le réveil. Dire « je ne rêve jamais » décrit d’abord une absence de souvenir. Les chercheurs composent avec cette contrainte depuis le début : ils étudient le rêve à travers ce qu’en rapporte la personne réveillée, juste après l’avoir tirée du sommeil.
Une zone chaude à l’arrière du cerveau
En 2017, une équipe de l’université du Wisconsin, autour de Francesca Siclari et Giulio Tononi, publie dans Nature Neuroscience une expérience minutieuse. Des volontaires dorment coiffés de 256 électrodes. Un signal sonore les réveille à des moments tirés au hasard, et on leur demande s’ils vivaient quelque chose juste avant. Sept participants entraînés à ce type de récit ont ainsi été réveillés plus de huit cents fois.
En sommeil lent comme en sommeil paradoxal, les récits de rêve s’accompagnent d’une baisse locale de l’activité lente dans une région postérieure du cortex, surnommée la « zone chaude ». En surveillant cette zone en temps réel chez sept autres volontaires plongés en sommeil lent, les chercheurs ont même prédit la réponse du dormeur : sur 36 réveils déclenchés avec la prédiction « rêve », 33 se sont révélés justes ; sur 26 réveils prédits « sans rêve », 21. Le contenu laisse aussi des traces : les rêves où apparaît un visage s’accompagnent d’une activité rapide dans une région spécialisée dans la reconnaissance des visages à l’éveil. On repère ainsi la présence d’une expérience et certains de ses ingrédients, sans lire l’histoire elle-même.
Pourquoi le cerveau produit-il ces scènes ?
Plusieurs pistes sont étudiées : le traitement des souvenirs récents, la régulation des émotions, la réorganisation de l’activité cérébrale pendant le sommeil. Elles peuvent se recouper. Une difficulté demeure : montrer que le sommeil remplit une fonction n’établit pas que l’histoire rêvée y contribue. Le rêve pourrait accompagner ce travail nocturne comme le ronronnement accompagne un moteur, sans en être un rouage. Pour trancher, il faut des expériences capables de départager les hypothèses.
Reste la tentation d’un dictionnaire des songes, où chaque objet aurait un sens universel. Un rêve peut faire écho à une inquiétude, à un lieu familier ou à un événement de la veille. Les mesures du sommeil, elles, ont mis au jour autre chose qu’un code commun : un cerveau coupé du monde qui fabrique, plusieurs fois par nuit, une expérience vécue. On commence seulement à savoir où regarder pour la voir naître.
Ce qu’on garde en tête.
- Une nuit enchaîne trois à six cycles ; le sommeil paradoxal, décrit chez le chat par Michel Jouvet en 1959, s’allonge vers le matin.
- On rêve aussi en sommeil lent : la présence d’un rêve se lit dans l’activité d’une zone située à l’arrière du cortex.
- Le sommeil a des fonctions établies ; celle de l’histoire rêvée elle-même reste à démontrer.
Ce que l’on sait. Ce qui reste ouvert.
Les rêves sont étudiés à partir de récits recueillis au réveil et de mesures de l’activité cérébrale : le contenu d’un rêve reste accessible seulement par ce que la personne en rapporte. L’étude de 2017 citée ici porte sur quelques dizaines de volontaires. Les fonctions proposées du rêve restent discutées. Cette lecture ne donne ni diagnostic ni interprétation des rêves.
UN PETIT DÉCLIC POUR LA ROUTE
Pendant quelle phase du sommeil peut-on rêver ?
Remonter à la source.
- Le sommeil, ses phases et ses fonctionsInserm · Dossier Sommeil↗
- Les différentes étapes du sommeilNIH · National Heart, Lung, and Blood Institute↗
- Du chat de Michel Jouvet aux circuits du sommeil paradoxalAcadémie nationale de médecine · Communication scientifique, 2011↗
- Relier les récits de rêves à l’activité du cerveauSiclari et al. · Nature Neuroscience, 2017 · Manuscrit en libre accès, anglais↗
Sources consultées le 9 octobre 2026. Rédaction assistée par IA, sans relecture indépendante d’expert à ce stade.
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