Terre & nature 5 MIN DE LECTURE

Pourquoi connaît-on encore si mal les grands fonds ?

En avril 2026, à peine plus d’un quart du fond des océans avait été cartographié en détail. La part réellement vue, par un œil ou une caméra, est infime.

Observations et exploration en cours

Le 23 janvier 1960, le bathyscaphe Trieste se pose au fond de la fosse des Mariannes, dans le Pacifique, à près de 11 kilomètres sous la surface. À son bord, le Suisse Jacques Piccard, fils du concepteur de l’engin, et l’officier de marine américain Don Walsh ont mis presque cinq heures à descendre. Vers 9 000 mètres, un hublot s’est fissuré sous la pression ; ils ont continué. Ils passeront une vingtaine de minutes au fond. Plus de soixante ans après, personne n’a encore vu de près l’essentiel des fonds marins.

LE DÉCLIC EN IMAGE

Une carte, une visite, un échantillon

Ces trois regards apportent des informations complémentaires sur une même zone.

Une carte, une visite, un échantillonLe sonar aide à cartographier le relief sur le trajet du navire. Le robot permet une observation rapprochée d’une petite zone. Un prélèvement apporte des informations à analyser au laboratoire.123
  1. Le sonar aide à cartographier le relief sur le trajet du navire.

  2. Le robot permet une observation rapprochée d’une petite zone.

  3. Un prélèvement apporte des informations à analyser au laboratoire.

Schéma sans échelle. Le faisceau représente une mesure acoustique, pas une lumière. Les surfaces couvertes, les profondeurs et les tailles du navire et du robot ne sont pas comparables sur ce dessin.
LES BASESLes outils pour regarder sous la surface
Bathymétrie
La mesure des profondeurs et du relief sous l’eau. C’est l’équivalent sous-marin de la description des hauteurs d’un paysage.
Sonar
Un système qui utilise le son sous l’eau. En mode actif, il émet un signal et analyse les échos pour obtenir des informations sur l’environnement.
ROV
Un véhicule sous-marin téléopéré, relié à la surface par un câble. Selon son équipement, il peut filmer, mesurer ou prélever des échantillons.
Au fil de cette lecture
  1. « Connaître l’océan » recouvre plusieurs questions
  2. Obscurité, pression et silence radio
  3. Dessiner le fond avec du son
  4. Approcher change ce que l’on peut découvrir
  5. Explorer consiste aussi à revenir

« Connaître l’océan » recouvre plusieurs questions

Cherche-t-on la profondeur d’une fosse, les courants qui la traversent ou les organismes qui vivent sur son fond ? Chaque question réclame ses instruments. Une zone cartographiée peut rester peu étudiée biologiquement ; un site filmé une fois peut changer avec les saisons. Comparez avec une ville : avoir son plan, parcourir une rue et connaître la vie de ses habitants sont trois niveaux d’information différents.

L’échelle du problème est immense. La profondeur moyenne de l’océan atteint environ 3 700 mètres, et plus de 90 % de l’océan se situe au-delà de 200 mètres de profondeur, dans ce que les océanographes appellent l’océan profond. Sous la mer s’ajoute une colonne d’eau de plusieurs kilomètres, peuplée et changeante, qu’il faut étudier pour elle-même.

Obscurité, pression et silence radio

La lumière du Soleil s’éteint vite : lors de la plongée du Trieste, Walsh nota qu’elle ne pénétrait plus au-delà d’environ 240 mètres. Plus bas, il faut apporter son propre éclairage, qui ne révèle qu’un petit cercle. La pression, elle, augmente d’environ une atmosphère tous les dix mètres. Au fond de la fosse des Mariannes, elle dépasse mille fois celle de la surface. Boîtiers, joints, câbles et composants doivent être conçus et testés pour y résister.

Les ondes radio sont fortement atténuées dans l’eau de mer : un robot profond navigue sans GPS et communique par d’autres moyens. Chaque descente mobilise donc un navire, une équipe et une longue préparation. En France, le Nautile de l’Ifremer, en service depuis 1984, emmène un scientifique et deux pilotes jusqu’à 6 000 mètres, pour des plongées de six à huit heures. Il en a effectué plus de 2 100 ; c’est le seul engin scientifique habité de l’Union européenne capable d’atteindre de telles profondeurs.

Dessiner le fond avec du son

Un sonar actif envoie un signal acoustique et écoute ses échos. Le délai de retour donne la distance, à condition de connaître la vitesse du son dans l’eau, qui varie avec la température, la salinité et la pression. Les sonars multifaisceaux mesurent dans de nombreuses directions à la fois et relèvent une bande de fond de part et d’autre du navire. C’est lent : il faut parcourir les océans ligne après ligne.

Lancé en 2017, le projet international Seabed 2030 rassemble ces relevés. Au départ, environ 6 % du fond avaient été cartographiés avec une résolution suffisante ; en avril 2026, la part atteignait 28,7 %. Pour le reste, les satellites fournissent un relief mondial, déduit indirectement de mesures faites à la surface de la mer, bien moins détaillé. Une belle carte en couleurs représente donc des mesures et leur traitement, avec des précisions très différentes d’une zone à l’autre.

Approcher change ce que l’on peut découvrir

Un véhicule téléopéré, ou ROV, reste relié au navire par un câble. Des pilotes suivent ses images en direct et dirigent ses instruments : il mesure les propriétés de l’eau, filme un organisme ou saisit un échantillon avec son bras articulé. Le Victor 6000 de l’Ifremer en est un exemple. Le câble assure l’alimentation et la liaison, au prix d’une liberté de mouvement réduite.

D’autres engins sont autonomes et suivent une mission programmée, sans pilote en temps réel. Le robot français Ulyx, développé entre 2016 et 2022, est ainsi conçu pour cartographier et inspecter le fond jusqu’à 6 000 mètres. Chaque outil a son rôle : couvrir une zone, observer de près, rapporter un prélèvement. Une caméra fournit une scène ; un échantillon permet une analyse chimique ou génétique. C’est souvent lui qui tranche lorsqu’un animal inconnu apparaît à l’écran.

Explorer consiste aussi à revenir

Au fond de la fosse, Piccard rapporte avoir aperçu dans la lumière de son projecteur un animal plat, qu’il décrit comme un poisson. À l’époque, beaucoup doutaient qu’une vie soit possible à cette profondeur. Rapportée sans prélèvement, cette observation brève reposait sur le seul témoignage de l’équipage. Elle résume le défi des grands fonds : une visite apporte des indices, il faut des mesures pour les confirmer.

C’est pourquoi les chercheurs conservent les positions, les conditions et les méthodes de chaque observation, puis reviennent. Une seconde visite peut révéler une variation de température, un déplacement de courant ou un écosystème qui s’est transformé. Selon la NOAA, moins de 0,001 % du fond de l’océan profond a été vu directement. Chaque retour sur un même site change une image isolée en série de mesures, et c’est de ces séries que se construit la connaissance des abysses.

Ce qu’on garde en tête.

  • Un peu plus d’un quart du fond océanique est cartographié en haute résolution ; la part observée de près reste infime.
  • Le son, les robots et les prélèvements compensent l’obscurité, une pression qui croît d’environ une atmosphère tous les dix mètres et l’absence de GPS.
  • Cartographier un relief, observer le vivant et suivre les changements sont trois tâches différentes.
Ce que l’on sait. Ce qui reste ouvert.

Le schéma distingue des méthodes d’exploration sans comparer leur couverture réelle. Le chiffre de 28,7 % mesure la part du fond cartographiée en haute résolution en avril 2026 ; il évolue chaque année et ne dit rien, à lui seul, de notre connaissance du vivant, de l’eau ou de leurs variations dans le temps. Le degré de connaissance dépend fortement de la zone et de ce que l’on mesure.

UN PETIT DÉCLIC POUR LA ROUTE

Quelle part du fond des océans a été cartographiée en haute résolution ?

Remonter à la source.

Sources consultées le 9 octobre 2026. Rédaction assistée par IA, sans relecture indépendante d’expert à ce stade.

Signaler une erreur ou proposer une précision

LA LETTRE PARALLAXE

La curiosité se cultive.

Une question, un schéma, une nouvelle façon de voir. Découvrez le premier numéro de notre future lettre.

Découvrir la lettre

Rechercher un article

⌘ / Ctrl K pour rechercher.

Articles enregistrés

Vos lectures à retrouver plus tard.

Faites passer la découverte.

Une question qui mérite d’être partagée ? Voici son adresse.