Le lundi qui suit le lancement de Spoutnik, en octobre 1957, deux physiciens de l’Applied Physics Laboratory de l’université Johns Hopkins, William Guier et George Weiffenbach, déjeunent à la cafétéria. Tout le monde parle du satellite soviétique, et personne au laboratoire n’a encore essayé de l’écouter. Weiffenbach dispose d’un bon récepteur réglé sur 20 mégahertz, la fréquence de Spoutnik ; Guier apporte son magnétophone. Le soir même, ils enregistrent des passages complets, d’un horizon à l’autre. Le son qui sort du récepteur change de hauteur : il glisse d’environ 1 500 à 500 hertz à mesure que le satellite approche puis s’éloigne. C’est l’effet Doppler, celui qui fait changer le son d’une sirène qui passe. Au début de 1958, les deux chercheurs ont montré que cette seule glissade suffit à reconstituer l’orbite complète du satellite.
Près de soixante-dix ans plus tard, le point bleu de votre carte descend en droite ligne de cette soirée. Votre téléphone ne parle à aucun satellite. Il écoute des horloges en orbite et transforme des fractions de seconde en mètres.
LE DÉCLIC EN IMAGE
Le téléphone écoute, puis calcule
Plusieurs satellites envoient des signaux horodatés. Le récepteur utilise leurs temps de trajet pour estimer sa position.
Les satellites diffusent leur position et des indications de temps.
Le téléphone reçoit plusieurs signaux venus de directions différentes.
Il croise ces informations pour estimer sa position et corriger son horloge.
LES BASESLes bases, si vous découvrez le sujet
- Constellation
- Un ensemble de satellites répartis sur plusieurs orbites pour qu’il y en ait toujours assez au-dessus de chaque point du globe. GPS, Galileo, GLONASS et BeiDou en sont quatre.
- Horloge atomique
- Une horloge qui prend pour référence une vibration très régulière des atomes. Celles des satellites dérivent bien moins qu’une montre à quartz.
- Trilatération
- Retrouver une position à partir de distances mesurées depuis plusieurs points connus, ici les satellites.
Au fil de cette lecture
De Spoutnik au point bleu
Le 17 mars 1958, Frank McClure, qui préside le centre de recherche du laboratoire, retourne le problème : si l’on connaît parfaitement l’orbite d’un satellite, le même décalage Doppler doit permettre de calculer la position de celui qui l’écoute. La marine américaine attend justement cette réponse. Ses sous-marins Polaris doivent savoir exactement où ils se trouvent pour pouvoir lancer leurs missiles. De cette idée naît Transit, le premier système de navigation par satellite : un sous-marin équipé peut y faire le point environ une fois par heure, n’importe où sur le globe.
Le GPS prend la relève. Le département de la Défense des États-Unis lance son premier satellite Navstar en 1978. En 1983, un avion de ligne de Korean Air Lines égaré dans l’espace aérien soviétique est abattu ; 269 personnes meurent. Le 16 septembre, la Maison-Blanche annonce que le système de positionnement américain sera ouvert aux avions civils. Le GPS est déclaré opérationnel en 1995, mais les civils reçoivent un signal volontairement dégradé, pour des raisons de sécurité nationale : c’est la « disponibilité sélective ». Sur décision du président Bill Clinton, elle est coupée dans la nuit du 1er au 2 mai 2000. Dès lors, n’importe quel récepteur peut atteindre une précision meilleure que vingt mètres.
Des horloges atomiques à vingt mille kilomètres
Les États-Unis s’engagent à maintenir au moins vingt-quatre satellites GPS en service ; depuis plus de dix ans, ils en font voler trente et un. Répartis sur six plans orbitaux, ces satellites circulent à environ 20 200 kilomètres d’altitude et font deux fois le tour de la Terre chaque jour, à près de 14 000 kilomètres par heure. À tout moment, plusieurs d’entre eux sont au-dessus de votre horizon.
Chacun emporte plusieurs horloges atomiques. Au sol, un réseau de stations suit les satellites, ajuste leurs horloges et leur transmet la description à jour de leurs orbites. Le satellite fait alors une seule chose, en boucle : il diffuse son heure exacte et sa position. Il ignore qui l’écoute. Le circuit GPS de votre téléphone, lui, n’émet rien vers l’espace : il reçoit.
Ce signal est une onde radio, c’est-à-dire une forme de lumière invisible pour nos yeux. Il file donc à la vitesse de la lumière, près de 300 000 kilomètres par seconde, à peine ralenti par la traversée de l’atmosphère. Depuis l’orbite des satellites, il atteint le sol en moins d’un dixième de seconde.
Une microseconde, trois cents mètres
Le principe tient en une phrase : si l’on sait quand un signal est parti et quand il arrive, on connaît la distance parcourue. Mais la lumière va si vite que la moindre erreur sur le temps devient énorme en distance. Une microseconde, un millionième de seconde, représente environ 300 mètres de trajet ; un milliardième de seconde, une trentaine de centimètres. Pour que le GPS fonctionne, l’heure des satellites doit être connue à quelques dizaines de milliardièmes de seconde près.
Une distance seule ne donne pas un point : elle place le téléphone quelque part sur une immense sphère centrée sur le satellite. Une deuxième distance réduit les possibilités à un cercle, une troisième à deux points seulement. Sur le papier, trois satellites suffiraient.
Reste l’horloge du téléphone. C’est un quartz, comme dans une montre, au moins dix mille fois moins stable que les horloges atomiques en orbite. Un décalage d’une seule microseconde fausserait toutes les distances de 300 mètres. L’astuce consiste à traiter ce décalage comme une quatrième inconnue, à côté des trois coordonnées de la position. Avec quatre satellites, le récepteur dispose de quatre mesures pour quatre inconnues : il obtient sa position et, au passage, remet son horloge à l’heure des satellites, à une centaine de milliardièmes de seconde près. Réseaux de télécommunications, réseaux électriques et systèmes financiers utilisent d’ailleurs le GPS pour cette seule raison : l’heure.
Davantage de satellites permettent de vérifier et d’affiner le résultat, à condition qu’ils soient bien répartis dans le ciel. Des signaux venus presque tous de la même direction se croisent mal, et l’incertitude s’allonge.
Trente-huit microsecondes par jour
Les horloges en orbite posent un problème plus subtil, prévu par Albert Einstein bien avant le premier satellite. Comparées à celles du sol, elles ne battent pas au même rythme. Leur vitesse les fait retarder d’environ 7 microsecondes par jour ; leur altitude, où la gravité de la Terre se fait moins sentir, les fait avancer d’environ 45 microsecondes. Bilan : elles prennent environ 38 microsecondes d’avance chaque jour.
Cela paraît dérisoire. Mais à 300 mètres la microseconde, l’écart produirait une erreur d’une dizaine de kilomètres au bout d’une seule journée, et elle continuerait de grandir. Les ingénieurs ont donc pris les devants : avant le lancement, la fréquence de référence des horloges est réglée très légèrement plus bas que sa valeur nominale, à 10,22999999543 mégahertz au lieu de 10,23. Une fois en orbite, elles battent au rythme voulu vu du sol. Le récepteur ajoute une petite correction liée à la forme légèrement allongée des orbites ; l’oublier pourrait fausser certaines distances jusqu’à treize mètres.
Pourquoi la vitesse et l’altitude changent l’écoulement du temps est une histoire à part entière, racontée dans notre lecture sur le temps. Retenons ici que chaque fois que votre téléphone vous situe, il s’appuie sur des horloges réglées selon la relativité.
Galileo, l’ionosphère et les rues étroites
Le GPS n’est plus seul dans le ciel. La Russie exploite GLONASS, avec au moins vingt-quatre satellites ; la Chine a mis en service BeiDou en 2020, avec trente-cinq satellites. L’Europe a construit Galileo, placé sous contrôle civil, dont les premiers services ont ouvert le 15 décembre 2016 ; ses satellites tournent à environ 23 200 kilomètres d’altitude. Selon l’agence européenne EUSPA, Galileo équipe quelque 4,5 milliards de téléphones. Un récepteur qui écoute plusieurs constellations dispose de davantage de satellites, mieux répartis dans le ciel.
Restent les imprévus du trajet. Entre 60 et plus de 2 000 kilomètres d’altitude, l’ionosphère, une couche de l’atmosphère chargée d’électrons par le rayonnement solaire, retarde les signaux. Pour un récepteur qui n’écoute qu’une fréquence, l’erreur peut atteindre plusieurs dizaines de mètres, et elle varie avec l’heure du jour et l’activité du Soleil. Comme ce retard dépend de la fréquence, les récepteurs qui en comparent deux en éliminent presque tout. Plus bas, les immeubles masquent certains satellites et renvoient les signaux des autres : un écho arrive par un trajet plus long, et le calcul le prend pour une distance réelle. Voilà pourquoi votre point bleu saute parfois dans la rue voisine.
Sous un ciel dégagé, un téléphone se situe typiquement à environ cinq mètres près. En ville ou à l’intérieur, il complète l’écoute des satellites par les bornes Wi-Fi et les antennes relais proches, dont les emplacements sont répertoriés, et par ses capteurs de mouvement. Le point bleu est une estimation construite à partir de toutes ces sources. Derrière lui veillent des horloges atomiques à vingt mille kilomètres, une correction prévue par Einstein et, tout au début, le bip d’un satellite soviétique enregistré sur un magnétophone.
Ce qu’on garde en tête.
- Votre téléphone n’émet rien vers les satellites : il chronomètre leurs signaux, et une microseconde d’erreur sur l’horloge vaut environ 300 mètres d’erreur sur la position.
- Il faut au moins quatre satellites, parce que l’horloge à quartz du téléphone est une inconnue à résoudre au même titre que la position.
- Sans correction relativiste, les horloges des satellites GPS prendraient environ 38 microsecondes d’avance par jour, soit une dizaine de kilomètres d’erreur.
Ce que l’on sait. Ce qui reste ouvert.
Sous un ciel dégagé, un téléphone se situe typiquement à environ cinq mètres près ; en ville, à l’intérieur ou près d’obstacles, l’erreur peut être bien plus grande. Le point affiché combine souvent les satellites avec le Wi-Fi, les antennes relais et les capteurs du téléphone. Le schéma montre une réception de signaux, sans échelle : les satellites ne reçoivent rien du téléphone pour le localiser.
UN PETIT DÉCLIC POUR LA ROUTE
Combien de satellites faut-il au minimum à votre téléphone pour calculer sa position en trois dimensions ?
Remonter à la source.
- La genèse de la navigation par satelliteJohns Hopkins APL Technical Digest · Récit de W. Guier et G. Weiffenbach (1997), anglais↗
- Histoire du Global Positioning SystemNASA · Page historique, anglais↗
- Déclaration de la Maison-Blanche du 16 septembre 1983Ronald Reagan Presidential Library · Archive, anglais↗
- La fin de la disponibilité sélectiveGPS.gov · Gouvernement des États-Unis, anglais↗
- Questions fréquentes sur le GPSGPS.gov · Gouvernement des États-Unis, anglais↗
- Le segment spatialGPS.gov · Gouvernement des États-Unis, anglais↗
- Le GPS et la mesure du tempsGPS.gov · Gouvernement des États-Unis, anglais↗
- La trilatérationGPS.gov · Activité pédagogique, anglais↗
- Le spectre électromagnétiqueNASA Science · Introduction, anglais↗
- Une approche intuitive du positionnement GNSSESA Navipedia · Encyclopédie technique, anglais↗
- Les mesures GNSSESA Navipedia — Sanz Subirana et al. · Encyclopédie technique, anglais↗
- La relativité et le GPSOhio State University · Richard W. Pogge, cours d’astronomie, anglais↗
- La correction relativiste des horlogesESA Navipedia — Sanz Subirana et al. · Encyclopédie technique, anglais↗
- Les autres systèmes de navigation par satelliteGPS.gov · Gouvernement des États-Unis, anglais↗
- Qu’est-ce que Galileo ?ESA · Présentation du système, anglais↗
- Galileo commence à servir le globeESA · Annonce des services initiaux, 15 décembre 2016, anglais↗
- Galileo dans le programme spatial européenEUSPA · Agence de l’Union européenne pour le programme spatial, anglais↗
- Le retard ionosphériqueESA Navipedia · Encyclopédie technique, anglais↗
- Précision du GPSGPS.gov · Archive officielle, anglais↗
- Confidentialité et service de localisationApple · Assistance, français↗
- Gérer la précision de la localisationGoogle · Aide Android, anglais↗
Sources consultées le 9 octobre 2026. Rédaction assistée par IA, sans relecture indépendante d’expert à ce stade.
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